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    condamnation et exécution...

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    Jean Louis GARRET
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    condamnation et exécution...

    Message par Jean Louis GARRET le Jeu 21 Avr 2016, 14:20

    Le supplice de DAMIENS Robert François
    Sources : relevés BMS des villages de la vallée de la Canche de Mr LETHO-DU-CLOS
    ================================================
    Robert-François DAMIENS :

    Le 9 janvier 1715, année de la mort de Louis XIV, dans une chaumière de La-Thieuloye, située rue du Calvaire, entre la ferme de M. Leroy et celle de M. Maës, retentissent les premiers cris d’un enfant qui vient de naître, le huitième de la famille ; Robert-François Damiens. Le milieu est modeste ; le père, fermier ruiné, exerce la profession de journalier agricole. A l’âge de huit ans, il est engagé comme valet de ferme chez le fermier Pierre PETIT x M. Angélique MOREL. Quand il atteint seize ans, la mère meurt. Robert-François est recueilli par un oncle : Jacques-Louis Guillemant, cabaretier à Béthune.

    Robert-François Damiens exerce ensuite différents métiers ; il s’engage même dans l’armée puis déserte. En 1738, il se marie à une cuisinière. De cette union vont naître des garçons qui meurent en bas âge, puis une fille qui vivra. Il exerce alors les fonctions de domestique à Paris chez des magistrats du parlement.

    C’est sans doute là, en écoutant les conversations, que va naître dans l’esprit de Damiens l’idée d’une France dirigée par un roi indigne : Louis XV. On juge de plus en plus sévèrement ce roi nonchalant, paresseux, aimant uniquement le luxe et les plaisirs. Ce souverain est si haï, qu ‘il faudra l’enterrer le soir, discrètement, à la lueur des torches, pour éviter les manifestations populaires. Il mourra de la variole, son corps couvert de croûtes dégageant une odeur épouvantable.

    En 1756, notre homme dérobe 240 louis chez son employeur. Il doit alors s’enfuir car la justice est sans indulgence. Il risque la torture et même la pendaison. Il revient alors errer dans la région ou se réfugier dans sa famille à Arras où il achète un couteau. En réalité, l’objet, plus proche du canif, possède deux lames qui se referment, une grande dangereuse et une petite inoffensive.

    Robert-François part alors vers Paris où il arrive le 31 décembre, puis à Versailles le 4 janvier 1757. Le lendemain après-midi, à 17 h 30, au crépuscule, il se rend au château, discute avec les sentinelles et les domestiques comme un habitué, n’éveillant aucun soupçon. Le roi s’avance au milieu de sa cohorte habituelle. Le régicide qui a sorti son couteau (une lame de 8 cm), bondit et frappe ! Ne cherchant ensuite aucunement à s’enfuir, il regarde avec les badauds l’affolement qui s’ensuit. Les gardes l’arrêtent sans difficultés et l’enferment dans la tour Montgomery, dans la même prison que Ravaillac en 1610. La Martinière, premier chirurgien du roi et Sénac, premier médecin, parce que c’est le remède universel de l’époque, saignent le roi une fois, deux fois, ce qui a pour principal résultat de l’affaiblir davantage encore !

    Les interrogatoires, les tortures, question ordinaire et extraordinaire, le jugement, se succèdent. Aucune trace de complot n’est décelée. Il faut se rendre à l’évidence, l’homme a agi seul. Aucune possibilité de s’enfuir, le coupable vit en permanence dans sa prison, avec quatre gardes, attaché sur un lit. Enfin, le lundi 28 mars, Damiens est extrait du cachot, et un greffier lui lit la sentence. L’inconscient déclare alors : « La journée sera rude ! ». Elle le fut, en effet, jugez plutôt !

    On lui applique d’abord la torture suprême (question extraordinaire), le supplice des brodequins. Les jambes du malheureux sont serrées entre un assemblage de planches. Le bourreau enfonce ensuite des coins, à coups de maillet, un à un, méthodiquement, chaque quart d’heure, et ceci pendant deux heures. La torture s’arrête alors juste à la limite, pour ne pas broyer les os. Robert-François Damiens peut ensuite se confesser et se reposer jusque quatorze heures. Transporté sur un tombereau, un cierge énorme dans les mains, avec deux prêtres à ses côtés, le condamné part vers la place de Grève. Là, l’élite des bourreaux de France l’attend, car ils sont plusieurs, et le spectacle commence !

    Le premier lui verse lentement du soufre en fusion sur la main coupable ; le second le pince cruellement partout avec des tenailles d’acier ; le troisième verse alors sur les plaies un mélange à base de plomb fondu. Leur victime, attachée les bras et les jambes en croix, pousse parfois un cri déchirant, ou les regarde faire, silencieux.

    Vient alors le clou de ce spectacle horrible : quatre chevaux s’avancent. Ils sont attachés avec des chaînes, à chacun des membres du supplicié. Des coups de fouet claquent, les animaux tirent en vain, mais les membres ne cèdent pas. Le malheureux pousse des cris horribles. Nouvelle tentative alors : les membres cèdent, mais pas les tendons. Les chevaux désemparés se rabattent l’un contre l’autre. Les bourreaux coupent les tendons hâtivement, et les restes sanguinolents, dont le corps toujours parcouru de spasmes nerveux, sont jetés au bûcher.

    Une foule immense assiste au spectacle. Les courtisans se réservent les meilleures places, revêtus de leurs tenues brodées, accompagnés de leurs dames parées de leurs plus beaux atours. Tous les nobles apprécient le spectacle, en buvant des vins fins, en échangeant des propos légers et en ricanant. Derrière, plus silencieux, se tiennent les anonymes de toutes conditions.

    Nous sommes pourtant au siècle des lumières. Toute cette cruauté atteignant les limites du supportable, pour le prix d’une simple égratignure sur la personne du roi, a laissé complètement écœuré plus d’un Français. La justice royale venait de mettre en évidence un système entièrement rétrograde, digne des périodes les plus obscures du Moyen-Age. C’est pourtant le temps du sensible Rousseau, du brillant Voltaire et celui de Diderot, l’âme de l’encyclopédie, les sources des idées nouvelles.

    A La-Thieuloye, la famille Damiens devra subir les conséquences du geste de Robert-François. La sentence prévoit la destruction totale de la maison natale, l’interdiction de reconstruire en son emplacement, et le bannissement hors de France de toute la famille, avec pendaison en cas de retour

    Cousins d'Edouard
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    Re: condamnation et exécution...

    Message par Cousins d'Edouard le Dim 24 Avr 2016, 22:31

    Bonjour,

    Le supplice de Damien fait l'objet d'un chapitre (recit détaillé) dans le livre remarquable et remarqué de Michel Foucaud "Surveiller et punir" (1975).
    Lire ce chapitre en bibliothèque d'abord, car c'est un une philosophique sur la naissance de la prison et il ne se lit pas facilement hormis le récit de ce supplice.

    Jean-Yves

    Jean-Yves

      La date/heure actuelle est Jeu 08 Déc 2016, 20:59